Calot ou casquette : un choix symbolique pour les Cadets de la gendarmerie
Permettez-moi d’introduire une question qui mérite, à n’en pas douter, débat et réflexion qui, à première vue, peut sembler anodine, mais engage en réalité des considérations esthétiques, pratiques et même traditionnelles.
Calot ou casquette : un choix symbolique pour les Cadets de la gendarmerie
Le couvre-chef n’est jamais un simple accessoire. Dans l’histoire militaire, il exprime l’appartenance, l’identité et parfois même le prestige. Chez les cadets de la gendarmerie, cette question prend une dimension particulière. Ces jeunes, qui ne sont pas militaires mais qui portent une tenue homogène spécifique, se trouvent au carrefour de deux exigences : affirmer leur singularité tout en marquant leur proximité avec l’institution. Faut-il alors leur attribuer le calot, héritier d’une longue tradition et symbole d’effort et de mérite, ou préférer la casquette, moderne, pratique et déjà utilisée dans le cadre du Service National Universel (SNU) ? Avant d’y répondre, il convient de rappeler brièvement ce que sont les Cadets de la gendarmerie nationale.
Qui sont les Cadets de la gendarmerie ?
Le dispositif des cadets s’adresse à des jeunes de 15 à 21 ans désireux de découvrir l’institution et ses métiers. Plus qu’une simple immersion, il s’agit d’un véritable engagement citoyen visant à développer le sens des responsabilités, la solidarité, le goût de l’effort, le respect des valeurs républicaines ainsi que le lien Armée-Nation. Par ricochet, cette expérience favorise aussi l’éveil de vocations et prépare, pour certains, un futur recrutement. Être Cadet constitue une aventure source d’enrichissement personnel et d’inspiration pour la vie de citoyen, avec un atout non négligeable dans un parcours scolaire ou professionnel en ajoutant une mention valorisante sur un CV.
Un engagement citoyen encadré
Fondé sur le volontariat, le programme s’inscrit dans la phase 2 du Service National Universel, c’est-à-dire la mission d’intérêt général que les jeunes doivent accomplir auprès d’une administration. Le dispositif intègre également des candidatures spontanées et porte une attention particulière sur l’égalité des chances. S’il bénéficie du soutien de la gendarmerie nationale, le mécanisme n’en reste pas moins indépendant : juridiquement, il relève de la loi 1901 sur les associations. Chaque département dispose de sa structure associative, dotée de statuts propres mais poursuivant les mêmes objectifs. Le financement provient à la fois de fonds institutionnels (département, académie...) et de partenaires privés (banques, grandes enseignes, associations...). La gendarmerie, pour sa part, intervient par la mise à disposition de moyens matériels et de réservistes chargés d’encadrer certaines activités.
Des activités variées et formatrices
Tout au long de l’année, les cadets participent à des activités régulières ou à des stages de cohésion organisés pendant les vacances scolaires. Leur programme est riche et diversifié :
• découverte de la gendarmerie, de son organisation et de ses missions ;
• pratique sportive et esprit d’équipe ;
• sensibilisation à des problématiques de société (addictions, harcèlement, sécurité routière, environnement...) ;
• participation à des actions de prévention (distribution de flyers, animations auprès du public) ;
• implication dans le devoir de mémoire à travers leur présence lors de cérémonies officielles.
La question du couvre-chef
Il convient de rappeler d’emblée que les Cadets ne sont pas des militaires et ne portent donc pas l’uniforme de la gendarmerie. Ils disposent néanmoins d’une tenue homogène, propre à chaque association. C’est précisément sur ce point qu’émerge une interrogation symbolique : faut-il leur attribuer le calot, emblème traditionnel, ou bien la casquette, plus moderne et fonctionnelle ? Actuellement, toutes les associations ne sont pas sur le même portage. Derrière ce débat, en apparence anodin, se dessine en réalité un enjeu plus profond : la rencontre entre tradition, identité et adaptation dans une institution soucieuse de rester fidèle à son histoire tout en se projetant vers l’avenir.
Le calot : entre héritage, symbole et évolution
Le bonnet de police, ancêtre du calot, apparaît dès le XVIIIᵉ siècle. Confectionné à partir de pièces d’uniformes usagés, il servait de couvre-chef pour le repos ou le service intérieur. Progressivement, il devient un élément codifié de la tenue militaire, dont la forme varie selon les armes et les époques. Son apogée survient lors de la Grande Guerre, au point que certains régiments mobilisés en 1939 reçoivent encore le modèle 1918 en drap bleu horizon, tant les stocks demeurent importants.
Par la suite, le calot connaîtra de multiples évolutions et sera parfois mis de côté. Mais, à la différence d’autres corps militaires, la gendarmerie ne l’a jamais abandonné au profit du béret, à l’exception de l’Escadron Parachutiste d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (EPIGN). Ce couvre-chef a su traverser les décennies, jusqu’à bénéficier dans les années 1990 de matériaux synthétiques plus résistants et imperméables.
Cadets et calot : une légitimité à débattre
Doter les cadets de la gendarmerie du calot pourrait sembler pertinent : léger, pratique, facile à ranger, il possède des atouts indéniables. Toutefois, plusieurs objections se présentent.
Le calot reste intimement lié au statut militaire (1).
Son adoption pourrait ainsi prêter à confusion, notamment lors de cérémonies où les cadets pourraient être assimilés à des gendarmes adjoints volontaires ou à des personnels d’active.
De plus, dans le parcours de formation gendarmes adjoints volontaires et celui des élèves gendarmes, le port du calot ne s’obtient pas immédiatement. Il intervient seulement après plusieurs semaines ou mois de formation, le plus souvent sanctionnés par une marche spécifique dite « marche du calot » ; la réussite d’épreuves ou d’examens ; puis une remise solennelle lors d’une cérémonie symbolique.
Le calot devient alors le signe d’un passage, d’un effort consenti et d’une étape franchie dans le cursus.
Autrement dit, le calot n’est pas un simple accessoire : il se mérite. L’attribuer d’emblée aux cadets reviendrait à lui ôter une part de sa valeur symbolique.
L’alternative de la casquette
Au début des années 2000, la gendarmerie introduit dans sa nouvelle tenue une casquette, appelée à remplacer le képi. Symbole de l’autorité du gendarme sur les routes, le képi demeurait imposant et peu adapté aux contraintes opérationnelles liées à l’intervention. Désormais, il est réservé aux cérémonies ou aux tenues comprenant la vareuse.
Je me souviens que cette évolution avait été accueillie de manière contrastée. Certains reprochaient à la casquette de rappeler trop fortement celles utilisées dans d’autres professions, ou voyaient dans ce changement une rupture brutale avec la tradition. Enfin, sa présence paraissait redondante avec le bonnet de police déjà apprécié pour sa praticité.
La casquette présente des atouts indéniables pour les cadets.
Moderne, identifiable, pratique, elle confère une homogénéité de tenue sans créer d’ambiguïté. Ce choix trouve un écho particulier dans le dispositif du Service National Universel (SNU), qui prévoit dans la tenue des jeunes une casquette très proche de celle portée par les cadets, on assure ainsi une continuité et une cohérence, essentielles pour une jeunesse en quête de sens et de repères.
Il existe chez certains fournisseurs spécialisés des modèles incluant un discret liseret tricolore et un velcro permettant d’apposer la rondache des cadets, frappée de la devise : « Ensemble maintenant, plus fort demain ».
À la différence du calot, composante normative de l’uniforme qui impose rigueur et discipline, la casquette se présente comme un accessoire plus neutre, offrant même une certaine souplesse aux jeunes qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes concernant le port capillaire.
La casquette pourrait donc devenir un véritable marqueur identitaire pour les cadets, un signe distinctif affirmant leur proximité avec l’institution tout en préservant leur singularité par rapport aux personnels en service.
Entre tradition et modernité, entre calot et casquette, il appartiendra à l’avenir de décider quel couvre-chef saura le mieux accompagner la tête bien faite de nos cadets, pour donner un visage jeune, dynamique et cohérent à l’engagement citoyen./.
(1) Cependant, le calot peut être porté par des civils, il est la coiffe traditionnelle en lycée militaire, les élèves y sont civils, les effectifs de la police nationale (corps civil) le portent, et à l’occasion des cérémonies commémoratives, certains portes-drapeaux des associations patriotiques et mémorielles peuvent porter un calot dit de tradition.
Colonel de réserve Daniel PICHOT
Conseiller réserves jeunesse du GGD17
110e promotion « Ceux d’Indochine »
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